Un train de retard.
"Il n'y a pas d'hésitation
à avoir : il faut donner à Trappes-en-Yvelines un
véritable centre ville...".
Ainsi Guy Malandain introduit-il son
édito de mai dans sa feuille municipale, en même temps
que la présentation du projet de plateau urbain sur la N10 qui
fait l'objet d'une exposition en mairie.
L'ambition est claire : un véritable
centre ville, mais pas pour Trappes, non. Pour "Trappes en
Yvelines", la ville imaginaire, la ville rêvée qui
doit remplacer la nôtre. Depuis trente ans, Trappes s'en est
donné un toute seule, de centre ville. C'est la vie qui l'a
dessiné, au gré des activités des habitants. Au
coeur du quartier des Merisiers, ce centre réel a peu à
peu remplacé le centre historique qui était articulé
autour du triptyque classique et séculaire église /
mairie / gare (la gendarmerie a disparu depuis longtemps).
En mettant les aménagements
urbains futurs en perspective, on aurait pu prendre acte de cette
évolution, et l'accompagner. Non. On a préféré
revenir en arrière et tirer un trait sur des décennies
de transformations sociales, pour tenter de ramener le centre de nos
activités autour de la mairie et de l'église. Le centre
des Merisiers, on le déconstruira méthodiquement.
Bien sûr qu'il faut couvrir la
N10, et pas seulement devant la mairie. Bien sûr qu'il faut
relier les deux parties de la ville. Mais pourquoi recréer un
centre là où il n'existe plus ? Pourquoi poursuivre la
politique de marginalisation du quartier des Merisiers en tentant de
le rendre "résidentiel", alors qu'il grouillait
d'activité jusqu'à maintenant ? Vous avez remarqué
comme c'est mort, les Merisiers le soir, depuis quelques temps ?
Petit à petit, Trappes commence à ressembler à
une ville des Yvelines, effectivement... Mais qu'est-ce qui n'allait
donc pas, avant, aux Merisiers ? C'était trop vivant, sans
doute, pour nos barbons d'élus, qui n'auront de cesse que
lorsque Trappes sera aussi sinistre, impersonnelle et silencieuse que
les villes qu'ils habitent : Auffargis ou Guyancourt. Cette énergie,
ce dynamisme, ça doit tenir aux gens d'ici. On va finir par
croire que nos élus ne les aiment pas. Ne nous aiment pas...
Guy Malandain veut recentrer la ville
sur les quartiers dont l'électorat lui ressemble. Pour y
arriver, on créera des axes transversaux à la N10 sur
le plateau urbain. En y regardant de plus près, on se dit que
ça pourrait bien refaire de Trappes une ville-rue d'ici
quelques années ! Imaginez ce que sera la voie allant
d'Elancourt à Voisins en passant par la Plaine de Neauphle et
le centre de Trappes débarrassé du pont Cachin : une
traversante rapide pour la moitié de Saint-Quentin en Yvelines
! Un couloir express entre le nord-ouest de l'agglomération et
le sud-est. Pour la protection des riverains, on verra bien...
Pour ce qui est des transports, on
constate qu'il n'est toujours pas question à trappes de réseau
cyclable. Et le magazine municipal nous présente l'aménagement
des lignes 417 existantes comme un projet... La gare sera mieux
desservie ? Sans doute. Mais les services de la SNCF se dégradent
depuis plusieurs années, sans que les élus locaux s'en
soucient. On l'a bien vu lors de la concertation organisée par
la Commission nationale du débat sur le prolongement de l'A12
: la seule chose qui les intéresse, c'est la circulation
routière. Le projet urbain de Trappes est d'ailleurs articulé
autour de la circulation automobile qu'il contribue à
développer au détriment des autres formes de
déplacement.
Le 18 mai 2008.
